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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 14:25

La complainte du perdant (J. Brunier)

Ô rage ! Ô désespoir ! Ô faiblesse ennemie !

N’ai-je donc tant joué que pour cette infamie ?

Étudier des parties des nuits et jours entiers 

Que pour voir en un coup ternir tous mes lauriers ?

Mon jeu, qu’avec respect toute la France admire, (1)

Mon jeu, qui tant de foule a porté au délire,

Tant de fois m’a offert un triomphe de roi,

Trahit donc mes efforts, ne fait plus rien pour moi ?

Ô cruel souvenir de mon génie passé !

Labeur de tant de peine eu un coup effacé !

Fatale étourderie, cause de mon malheur !

Chausse-trappe sournois, tombe de mon bonheur !

Et toi, mon cher damier, merveilleux instrument,

Devenu tout à coup un bien triste ornement,

Va, laisse maintenant un malheureux humain,

Passe, pour me laver, en de meilleures mains.

 

(1) autres versions disponibles pour les plus 

modestes, par ordre decrescendo :

 

Mon jeu qu’avec respect tout Villeurbanne admire,

- voire : 

Mon jeu qu’avec envie toute ma rue admire,

- sinon : 

Mon jeu qu’avec plaisir tout mon immeuble admire,

- à défaut : 

Mon jeu qu’en amitié seul mon voisin admire,

 

La complainte de Don Diègue (Corneille)

 

Don Diègue a été souffleté par don Gomès et

n’a pu se défendre à cause de son âge. Son 

épée devenue inutile (« Et toi, de mes exploits 

glorieux instrument, », il va demander à son 

fils Rodrigue de le venger.

 

Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie !

N'ai-je donc tant vécu que pour cette 

infamie ?

Et me suis-je blanchi dans les travaux guerriers 

Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ?

Mon bras, qu'avec respect toute l'Espagne admire, 

Mon bras, qui tant de fois a sauvé cet empire, 

Tant de fois affermi le trône de son roi,

Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ?

Ô cruel souvenir de ma gloire passée !

Œuvre de tant de jours en un jour effacée !

Nouvelle dignité, fatale à mon bonheur !

Précipice élevé d'où tombe mon honneur ! 

[…]

Et toi, de mes exploits glorieux instrument, 

Mais d'un corps tout de glace inutile ornement, 

Va, quitte désormais le dernier des humains, 

Passe, pour me venger, en de meilleures mains.

Le Cid, acte 1, scène 4

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Published by DamierVilleurbannais - dans Non classé
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