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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 16:54

Jouer aux dames

L’histoire retient que le premier jeu informatique abouti fut un jeu de dames : c’est l’œuvre de Christopher Strachey (1916-1975), qui réalisa la première version complète de son programme le 30 juillet 1951. Conçu pour l’ordinateur Manchester-Ferranti Mark I, avec un système de visualisation du plateau de jeu sur tube cathodique, il s’agit donc du premier « jeu vidéo » de l’Histoire au sens contemporain du terme (c’est-à-dire un jeu informatique).

Le cheminement de son inventeur et l’évolution ultérieure du jeu illustrent à la fois les parcours (nécessairement) atypiques des pionniers des jeux pour ordinateurs, et les enjeux et difficultés liés à la création de ces jeux dans les années 1950. Strachey a en effet été formé à la recherche en physique au prestigieux King’s College de Cambridge, avant d’intégrer la division Recherche de la Standard Telephone and Cables. Il a travaillé à la conception des tubes électroniques pour le radar. En 1950, il enseigne la physique dans une école londonienne. Un profil qui rappelle celui de beaucoup de pionniers du jeu vidéo, comme les inventeurs du « jeu sur tube cathodique » et qui n’a rien d’un hasard : le jeu vidéo hérite de la filière électronique et ses débuts croisent la recherche en physique, en mathématiques et en logique.

C’est par l’intermédiaire d’un ami que Strachey entre en contact, en 1950, avec le NPL (National Physics Laboratory), le laboratoire national de physique qui a construit le premier ordinateur d’après le projet, daté de 1945, du génial Alan Turing : l’Automatic Computing Engine (ACE). Mais, trop ambitieux, le projet s’est mué en un prototype simplifié, le Pilot-ACE, opérationnel en mai 1950.

Sur cette machine primitive, Strachey s’est pris l’idée de développer un programme pour jouer aux dames. Il était certainement inspiré par la littérature scientifique et de vulgarisation de l’année 1950, avec de nombreux articles consacrés aux « machines à jouer » ou à la « théorie des échecs, des dames et autres morpions ».

 

Lors des premiers essais, Strachey a rapidement perçu les limites des capacités de mémoire du Pilot-ACE qui restreignent ses capacités à jouer aux dames en un temps raisonnable : quelques milliers d’octets (Ko) de mémoire et une capacité de calcul de l’ordre de dix additions par seconde sont largement insuffisants ! En outre, un ordinateur en 1950 est un instrument en perpétuel développement, ce qui oblige à modifier sans cesse le code de programmation. Strachey s’oriente alors vers une machine plus « stable », issue d’un projet de l’université de Manchester qu’il découvre en juin 1951. Strachey s’enquiert auprès de Turing, qu’il connaît par ailleurs, du manuel de programmation de la Manchester Mark I que Turing a lui-même élaboré. La machine affiche des capacités de mémoire plus importantes que le Pilot-ACE et une vitesse de calcul cinq à dix fois supérieure. Le jeu de dames voit le jour, en discussion avec Turing et à l’écoute de ses suggestions d’améliorations, pour aboutir à un programme jouable avec une visualisation du plateau de jeu sur écran (à tube cathodique).

C’est à la fois un exploit technique et un événement dans l’histoire du jeu vidéo. Exploit car pour réaliser le jeu, Strachey a conçu le programme le plus long jamais imaginé à l’époque : mille instructions (ce qui prête à sourire aux regards des programmes actuels qui comptent plusieurs millions de lignes de code). Les historiens considèrent même qu’il s’agit là d’un tour de force. Le physicien gagne en légitimité, la National Research and Developpement Corporation lui ouvre ses portes, et Strachey quitte son poste d’enseignant à la Harrow School en 1952. Étincelle qui marque enfin le début d’une brillante carrière d’informaticien, unanimement reconnu pour ces travaux sur la programmation.

 

 

 

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Published by DamierVilleurbannais - dans Logiciels de Jeu de Dames
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